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Tourisme responsable

Qu’est-ce que le tourisme responsable ? Définition, principes et enjeux

Par Steven Keen

MSc Responsible Tourism Management (en cours), certifié GSTC et ICRT

18 min de lecture Updated on Sources verified on

Le tourisme responsable, c’est créer de meilleurs lieux où vivre et de meilleures destinations à visiter. C’est un cadre qui permet aux voyageurs, aux entreprises et aux destinations de minimiser les impacts négatifs tout en maximisant les bénéfices pour les communautés locales, les environnements et les cultures.

À retenir

  • Le tourisme responsable, c’est créer de meilleurs lieux où vivre—et de meilleures destinations à visiter.
  • C’est une pratique, pas un label qui s’achète : minimiser les torts, maximiser les bénéfices pour les communautés, les environnements et les cultures.
  • Il recoupe le tourisme durable (l’objectif) et le tourisme éthique (les valeurs)—sans être identique à aucun des deux.
  • Enraciné dans la Déclaration du Cap de 2002 et le Code mondial d’éthique du tourisme de l’ONU.

Définir le tourisme responsable

Le terme tourisme responsable est employé dans l’industrie du voyage depuis au moins les années 1990, mais sa définition la plus largement reconnue est issue de la Déclaration du Cap sur le tourisme responsable, en 2002.1 Rédigée en amont du Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg, la déclaration a établi une compréhension commune : le tourisme doit activement bénéficier à la fois aux visiteurs et aux communautés d’accueil.

« Le tourisme responsable est un tourisme qui crée de meilleurs lieux où vivre et de meilleures destinations à visiter. Il exige que les opérateurs, les hôteliers, les gouvernements, les populations locales et les touristes assument la responsabilité d’atteindre une durabilité économique, sociale et environnementale. »

— Déclaration du Cap sur le tourisme responsable, 2002

Ce qui distingue le tourisme responsable des vagues aspirations au « voyage vert » ou à l’« écotourisme », c’est son exigence de responsabilité partagée. Il ne fait pas peser le fardeau sur les seuls voyageurs ni sur les seules entreprises. Il appelle au contraire chaque partie prenante—gouvernements, opérateurs, hôteliers, communautés locales et touristes eux-mêmes—à assumer activement la responsabilité des conséquences du tourisme.

La roue du tourisme responsable

Aujourd’hui encore, la Déclaration du Cap de 2002 définit ce qu’est le tourisme responsable. Nous l’avons traduite en une seule image — et en mots simples sur ce que chaque principe attend de vous.

The Responsible Tourism Wheel 1 Minimiser les impacts Économie · société · territoire 2 Partager la prospérité Revenus locaux · travail équitable 3 Impliquer les habitants Une vraie voix au chapitre 4 Préserver le patrimoine Nature · culture · diversité 5 Approfondir le lien Se comprendre, des deux côtés 6 Élargir l’accès Le voyage ouvert à tous 7 Respecter la culture Fierté et dignité locales Tourisme responsable
  1. 1. Minimiser les impacts — Chaque voyage laisse une trace. Le tourisme responsable rend cette trace plus petite que celle qu’il répare — en pesant le coût pour l’économie, la culture et le territoire avant de compter le profit.

    “minimise les impacts négatifs sur l’économie, l’environnement et la société ;”
  2. 2. Partager la prospérité — Un euro gagné quelque part devrait y rester. Quand la richesse qu’une destination produit repart par les mêmes avions qui l’ont apportée, c’est la communauté qui paie les vacances des autres.

    “génère de plus grands bénéfices économiques pour la population locale et améliore le bien-être des communautés d’accueil, ainsi que les conditions de travail et l’accès au secteur ;”
  3. 3. Impliquer les habitants — Les personnes qui vivent quelque part ne sont pas le décor de vacances. Elles ont le droit de façonner le tourisme qui transforme leurs rues, leurs loyers et l’avenir de leurs enfants.

    “implique la population locale dans les décisions qui touchent sa vie et ses perspectives d’avenir ;”
  4. 4. Préserver le patrimoine — Une civilisation n’est pas une ressource renouvelable. Ce que le tourisme érode — un dialecte, un savoir-faire, un littoral, une recette — il le rend rarement, et un lieu dépouillé de sa singularité n’a plus rien qui vaille le voyage.

    “contribue positivement à la conservation du patrimoine naturel et culturel et au maintien de la diversité du monde ;”
  5. 5. Approfondir le lien — La distance entre un touriste et un voyageur se mesure aux conversations qu’ils ont. La compréhension doit aller dans les deux sens, sinon ce n’est qu’une transaction avec vue.

    “offre aux voyageurs des expériences plus riches grâce à des liens plus authentiques avec la population locale et à une meilleure compréhension des enjeux culturels, sociaux et environnementaux locaux ;”
  6. 6. Élargir l’accès — Le voyage n’est pas une récompense réservée aux personnes valides et aisées. Une destination que tout le monde ne peut atteindre a décidé en silence qui a le droit d’y avoir sa place.

    “donne accès aux personnes physiquement handicapées ;”

    Remarque : nous citons le texte de 2002 mot pour mot. Sa formulation « physically challenged people » (personnes physiquement handicapées) reflète le vocabulaire de son époque ; les principes directeurs de la Déclaration elle-même appellent plus largement à « l’accès pour tous, en particulier pour les communautés et les personnes vulnérables et défavorisées ». Nous honorons à la fois l’original et les progrès accomplis depuis.

  7. 7. Respecter la culture — L’hospitalité n’est pas une reddition. Une culture fixe ses propres conditions pour ce qu’elle partage et ce qu’elle garde — et le voyageur qui respecte cette limite est celui qu’un lieu est heureux de revoir.

    “fait preuve de sensibilité culturelle, engendre le respect entre voyageurs et hôtes et renforce la fierté et la confiance locales.”
La roue du tourisme responsable — adaptée de la Déclaration du Cap sur le tourisme responsable (2002). Source(s): Goodwin, H., Fabricius, M. et al. (2002), The Cape Town Declaration on Responsible Tourism, Responsible Tourism Partnership.
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Tourisme responsable vs durable vs éthique

Ces trois termes sont souvent employés de manière interchangeable, mais leurs accents diffèrent. Voyez-les comme des prismes qui se recouvrent sur une même question fondamentale : comment le tourisme peut-il faire plus de bien et moins de mal ?

Tourisme durable

Met l’accent sur la viabilité à long terme. Enraciné dans la définition du rapport Brundtland de 1987 : « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».2

Le tourisme durable privilégie des indicateurs mesurables—émissions de carbone, consommation d’eau, taux de valorisation des déchets—et une réflexion systémique sur la capacité de charge.

Exemple concret :

« Cet hôtel utilise des panneaux solaires, traite ses eaux usées sur place et suit son empreinte carbone chaque année. »

Tourisme responsable

Met l’accent sur la responsabilité des parties prenantes. Orienté vers l’action et au présent : « Que faisons-nous en ce moment même pour rendre le tourisme meilleur pour les personnes et les lieux ? »

Le tourisme responsable demande à chaque acteur du système—pas seulement aux gouvernements ou aux grandes entreprises, mais aux voyageurs, aux petits opérateurs et aux communautés—d’assumer son rôle.

Exemple concret :

« Cet hôtel emploie du personnel local à des salaires équitables, s’approvisionne auprès de fermes voisines et invite ses hôtes à visiter le marché du village plutôt que de manger uniquement au complexe. »

Tourisme éthique

Met l’accent sur les dimensions morales du voyage. Se préoccupe des droits humains, du traitement équitable des travailleurs, du bien-être animal et de l’éthique de la manière dont le tourisme interagit avec les personnes et les écosystèmes vulnérables.

Le tourisme éthique s’appuie sur la philosophie et les cadres fondés sur les droits pour demander : « Est-ce juste ? »—et pas seulement « Est-ce efficace ? » ou « Est-ce durable ? »

Exemple concret :

« Cet hôtel refuse de proposer des promenades à dos d’éléphant, reverse 2 % de ses revenus à des organisations locales de lutte contre la traite et veille à ce que tous ses fournisseurs respectent les normes du travail équitable. »

En pratique, les opérations touristiques les plus marquantes puisent dans ces trois approches. Un hôtel géré de manière éthique mais destructeur pour l’environnement est contradictoire. Un circuit durable mais qui ignore l’exploitation des travailleurs est incomplet. Le tourisme responsable fournit le cadre unificateur : il demande à chaque partie prenante de prendre en compte toutes les dimensions de l’impact et d’agir concrètement. La dimension morale—le tourisme éthique—fait l’objet d’un traitement approfondi sur notre ressource complémentaire, ethicaltourism.com, et la question de savoir qui le tourisme inclut—l’accès et un accueil sincère pour les voyageurs de toutes capacités—est au cœur de inclusivetourism.com.

Responsable vs durable : quelle différence ?

Des trois, la paire que les voyageurs confondent le plus souvent, c’est responsable et durable—et la différence décide qui doit réellement agir. En une phrase : le tourisme durable désigne un objectif, tandis que le tourisme responsable désigne une décision. La durabilité est l’état final que décrit ONU Tourisme3—mesuré par des indicateurs comme le carbone, l’eau et les déchets, et poursuivi à l’échelle du système ; il découle du rapport Brundtland de 1987.2 La responsabilité est l’action, et surtout qui l’assume : le geste posé par la Déclaration du Cap de 2002 en demandant aux « opérateurs, hôteliers, gouvernements, populations locales et touristes » d’en assumer ensemble le résultat.1

Une comparaison entre le tourisme responsable et le tourisme durable
ResponsableDurable
Ce que le terme décrit Une décision—l’action pour y parvenirUn objectif—un état à atteindre
La question centrale « Qu’est-ce que j’en fais, maintenant ? »« Cela durera-t-il à l’avenir ? »
Qui l’assume Chaque acteur—vous compris, le voyageurSouvent le système—gouvernements, secteur, certificateurs
Enraciné dans La Déclaration du Cap (2002)Le rapport Brundtland (1987) ; la définition d’ONU Tourisme
Mesuré par L’appropriation, les comportements, des engagements concretsDes indicateurs, des cibles, la capacité de charge

Qui est responsable ? Vous.

C’est le cœur de la distinction. La durabilité peut être quelque chose qu’on fait à une destination—un gouvernement qui fixe des cibles, une entreprise qui achète des compensations, un certificateur qui audite un hôtel. La responsabilité ne peut pas être sous-traitée ainsi. Comme le dit Harold Goodwin, pionnier de ce domaine, on a « trop parlé de durabilité et trop peu assumé de responsabilité ».4 Aucune certification, aucun gouvernement, aucun opérateur ne peut rendre votre voyage responsable ; cette part-là vous a toujours appartenu. Et, comme le note Goodwin, la responsabilité est gratuite—vous pouvez en prendre autant que vous êtes capable d’en assumer.4

« On a trop parlé de durabilité et trop peu assumé de responsabilité. »

— Harold Goodwin, pionnier du tourisme responsable

Comment savoir si c’est réel : demandez du concret

Parce que la responsabilité relève de l’action plutôt que de l’intention, elle peut être interrogée d’une manière dont un vague label « durable » ne le permet pas. Lorsqu’un opérateur, un hôtel ou une destination prétend pratiquer le tourisme responsable, Goodwin propose de poser trois questions :5

  1. De quoi assument-ils la responsabilité ?
  2. Comment l’assument-ils—que font-ils, et dans quelle mesure ?
  3. Qu’ont-ils réellement accompli ?

« Les résultats et les impacts sont les preuves qu’il faut rechercher pour juger si la responsabilité est réellement assumée. »—Harold Goodwin

Une promesse incapable de répondre à ces trois questions avec du concret—des chiffres, des résultats mesurés, des partenaires nommés—relève du marketing, pas de la responsabilité. La durabilité, en revanche, est trop souvent énoncée comme une aspiration puis laissée à quelqu’un d’autre : le mot est employé, mais les résultats sont rarement mesurés ou publiés.5

Les deux idées sont donc partenaires, pas rivales : durable, c’est l’objectif ; responsable, c’est la décision qui vous y mène—et cette décision vous appartient, à chaque réservation. Pour une manière concrète de la mettre en œuvre, notre Guide de terrain pour les voyageurs qui refusent d’être des touristes gratuit transforme ces principes en un plan d’action utilisable dès votre prochain voyage. Et parce que la responsabilité traverse toutes les dimensions d’un voyage, elle recoupe son idée sœur, le tourisme éthique—la question morale du bien et du mal dans nos façons de voyager.

Les principes fondamentaux du tourisme responsable

Le tourisme responsable est guidé par un ensemble de principes interconnectés. Ce n’est pas une liste de cases à cocher—ce sont des engagements continus qui façonnent la manière dont le tourisme est planifié, exploité et vécu.

Responsabilité économique

Le tourisme devrait générer des revenus équitables et des emplois de qualité pour la population locale. Cela suppose de privilégier l’embauche locale, de s’approvisionner en biens et services auprès d’entreprises de proximité, et de structurer les chaînes d’approvisionnement pour que l’argent circule au sein de la destination plutôt que de refluer vers des multinationales.

La responsabilité économique, c’est aussi payer des salaires équitables, offrir des emplois à l’année lorsque c’est possible (et pas seulement des contrats saisonniers) et aider les entrepreneurs locaux à intégrer la chaîne de valeur touristique. Quand un touriste achète une céramique faite main dans un atelier de village plutôt qu’un souvenir produit en masse dans une boutique d’aéroport, c’est la responsabilité économique en action.

Responsabilité sociale

Le tourisme doit faire respecter les droits humains et autonomiser activement les groupes marginalisés—femmes, peuples autochtones, minorités ethniques, personnes en situation de handicap et jeunes. Il doit contribuer au bien-être de la communauté, pas seulement au PIB.

Le tourisme socialement responsable prend en compte la qualité de vie des habitants : niveaux de bruit, congestion, accessibilité du logement et accès aux espaces publics. Il ne demande pas seulement « Le tourisme crée-t-il des emplois ? » mais « Le tourisme fait-il de ce lieu un meilleur endroit où vivre ? »

Responsabilité environnementale

Conserver les ressources naturelles, protéger la biodiversité, réduire la pollution et mener une action climatique résolue sont des piliers non négociables du tourisme responsable. Cela passe par la réduction de la consommation d’eau et d’énergie, l’élimination des plastiques à usage unique, une gestion appropriée des déchets et la protection des écosystèmes sensibles.

La responsabilité environnementale s’étend à l’aménagement du territoire—en veillant à ce que le développement touristique n’empiète pas sur les zones protégées, les corridors écologiques ou les terres agricoles dont les communautés dépendent pour leur sécurité alimentaire.

Responsabilité culturelle

Honorer les cultures des communautés d’accueil, c’est rechercher un consentement éclairé avant de s’engager dans des pratiques culturelles, soutenir des expressions culturelles authentiques plutôt que des spectacles mis en scène, et respecter les sites sacrés et les traditions qui ne se prêtent pas forcément à la consommation touristique.

La responsabilité culturelle, c’est aussi reconnaître que les communautés ont le droit de dire non—de décider quels aspects de leur patrimoine elles souhaitent partager, et à quelles conditions. Le tourisme devrait enrichir la préservation culturelle, pas accélérer l’érosion culturelle.

Participation des parties prenantes

Les communautés locales devraient contribuer à façonner le tourisme qui touche leur vie. Cela suppose une planification participative—non des décisions descendantes imposées par les gouvernements ou les entreprises—où les habitants ont une voix réelle sur ce à quoi ressemble le tourisme, sur les lieux où il s’exerce et sur la répartition de ses bénéfices.

La véritable participation va au-delà de la consultation. Elle suppose la copropriété, la co-conception et des structures de gouvernance partagée qui donnent aux communautés un réel pouvoir sur le développement touristique de leur territoire.

Transparence et responsabilité

Le tourisme responsable exige des pratiques honnêtes. Voyagistes, hôtels et destinations devraient mesurer et publier ouvertement leurs impacts sociaux, environnementaux et économiques. L’écoblanchiment—avancer des affirmations non fondées sur la durabilité—sape la confiance et retarde les progrès réels.

La responsabilité suppose aussi de mettre en place des mécanismes clairs de remontée d’information. Communautés, salariés et voyageurs devraient tous disposer de canaux pour exprimer leurs préoccupations et les voir traitées.

Amélioration continue

Le tourisme responsable n’est pas une certification qu’on obtient une fois pour toutes et qu’on oublie ensuite. C’est un processus continu d’évaluation, d’apprentissage et d’adaptation. Ce qui est jugé « responsable » évolue à mesure que nous comprenons mieux les impacts et que les besoins des communautés changent.

Les opérateurs les plus responsables revoient régulièrement leurs pratiques, sollicitent des audits externes, tirent les leçons de leurs échecs et investissent dans l’innovation. Ils considèrent la durabilité comme un cheminement, pas une destination.

ONU Tourisme & le Code mondial d’éthique

À l’échelle internationale, l’organisme le plus influent dans l’élaboration des politiques de tourisme responsable est ONU Tourisme (anciennement l’Organisation mondiale du tourisme, ou OMT). ONU Tourisme promeut le tourisme comme moteur de croissance économique, de développement inclusif et de durabilité environnementale, guidé par une vision d’un « tourisme responsable, durable et universellement accessible ».

En 1999, l’Assemblée générale de l’OMT a adopté le Code mondial d’éthique du tourisme (CMET), un cadre complet de 10 articles couvrant les dimensions éthiques du tourisme ; l’Assemblée générale des Nations Unies l’a officiellement reconnu en 2001.6 Ces articles portent sur :

  1. La contribution du tourisme à la compréhension et au respect mutuels entre les peuples et les sociétés
  2. Le tourisme, vecteur d’épanouissement individuel et collectif
  3. Le tourisme, facteur de développement durable
  4. Le tourisme, utilisateur du patrimoine culturel et acteur de sa mise en valeur
  5. Le tourisme, activité bénéfique pour les pays et les communautés d’accueil
  6. Les obligations des acteurs du développement touristique
  7. Le droit au tourisme (comme extension du droit au repos et aux loisirs)
  8. La liberté de déplacement des touristes
  9. Les droits des travailleurs et des entrepreneurs du secteur touristique
  10. La mise en œuvre des principes du Code mondial d’éthique du tourisme

Le CMET a ensuite été réaffirmé par la Convention-cadre d’ONU Tourisme sur l’éthique du tourisme (2019),7 une convention internationale contraignante que les États peuvent ratifier. Ce fut un moment historique : pour la première fois, des États pouvaient ratifier un traité les engageant à des pratiques touristiques éthiques.

À retenir : Le Code mondial d’éthique établit clairement que le tourisme doit protéger les droits humains, respecter les groupes vulnérables, préserver les communautés locales ainsi que leurs atouts culturels et naturels, et veiller à ce que les bénéfices du tourisme soient équitablement partagés. Ce ne sont pas des aspirations facultatives—ce sont les fondements, internationalement reconnus, de tout développement touristique.

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Pourquoi le tourisme responsable compte aujourd’hui

Les arguments en faveur du tourisme responsable n’ont jamais été aussi pressants. Plusieurs crises convergentes rendent le « statu quo » intenable pour l’industrie touristique mondiale. Ce sont ces mêmes pressions qui expliquent pourquoi le tourisme occupe désormais une place si importante dans les Objectifs de développement durable de l’ONU.

Changement climatique

L’aviation à elle seule représente environ 2 à 3 % des émissions mondiales de CO₂,8 et le tourisme dans son ensemble—transport, hébergement, restauration et activités compris—est responsable d’environ 8 à 9 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre9 (près de 8,8 % en 2019, l’année la plus récente disposant d’une mesure complète, selon des travaux publiés en 2024), une empreinte qui croît plus de deux fois plus vite que le reste de l’économie mondiale.10 À mesure que la crise climatique s’accélère, le tourisme ne peut s’exempter de la transition vers des systèmes bas-carbone. Le tourisme responsable, c’est mesurer et réduire votre empreinte carbone, investir dans les énergies renouvelables, soutenir des programmes de reforestation et de compensation carbone à l’impact vérifié, et remettre en question l’idée que plus de vols signifie toujours plus de prospérité.

Surtourisme

De Barcelone à Bali, de Dubrovnik à Kyoto, les habitants des destinations prisées se rebellent contre les effets néfastes d’un tourisme de masse mal géré : surfréquentation, hausse des loyers, nuisances sonores, infrastructures dégradées, et le sentiment d’être traités comme un décor pour les photos de vacances des autres.11 Le tourisme responsable répond au surtourisme en répartissant les visiteurs vers des zones moins connues, en gérant les flux, en respectant la capacité de charge et en veillant à ce que les revenus du tourisme atteignent réellement les communautés qui en supportent les coûts.

Fuites économiques

Dans de nombreuses destinations en développement, jusqu’à 80 % des revenus du tourisme « fuient » hors de l’économie locale12—vers des chaînes hôtelières étrangères, des voyagistes internationaux, des aliments et boissons importés et des plateformes de réservation basées à l’étranger. La communauté qui accueille les visiteurs, entretient les infrastructures et supporte les coûts environnementaux peut ne voir qu’une fraction de l’argent dépensé. Le tourisme responsable s’emploie activement à combler cet écart en construisant des chaînes d’approvisionnement locales, en soutenant les entreprises communautaires et en rendant les données économiques transparentes. Pour suivre exactement où va chaque euro, suivez les deux voyages de 100 €.

Exploitation et droits humains

Le tourisme peut être un vecteur d’exploitation : travail des enfants dans les ateliers de souvenirs, traite des êtres humains dans le secteur de l’hôtellerie, déplacement de communautés autochtones de leurs terres ancestrales pour faire place à des complexes touristiques, et conditions de travail précaires pour le personnel des hôtels et des restaurants. Le tourisme responsable affronte ces réalités de front et impose des garde-fous, des pratiques de travail équitables et le respect des droits de chaque personne que l’industrie touche.13

Perte d’authenticité culturelle

Quand des communautés remodèlent leurs traditions, leur cuisine et leur architecture pour coller aux attentes des touristes, quelque chose d’irremplaçable se perd. Le tourisme responsable valorise l’authenticité : il recherche des rencontres sincères, soutient les traditions culturelles vivantes selon leurs propres termes, et reconnaît que les expériences de voyage les plus marquantes naissent de la rencontre avec les gens tels qu’ils sont—et non tels qu’une brochure touristique les imagine.14

L’argument économique

Le tourisme responsable n’est pas seulement la bonne chose à faire—c’est de plus en plus la chose intelligente à faire. La demande des voyageurs a changé : une large majorité recherche désormais activement des façons plus durables de voyager et de se loger.15 Les entreprises qui intègrent la responsabilité à leurs activités constatent une fidélité de marque renforcée, une meilleure résilience face aux perturbations (comme l’a montré la COVID-19, où les opérateurs ancrés dans leurs communautés se sont rétablis plus vite) et un meilleur accès au financement vert et à l’investissement à impact—nous développons cet argument en détail dans notre guide pour les voyagistes.

Les destinations qui gèrent le tourisme de manière responsable tendent aussi à conserver leur attrait dans la durée, tandis que celles qui privilégient le volume à court terme au détriment de la valeur à long terme voient souvent la satisfaction des visiteurs décliner et le ressentiment des habitants monter.

Étapes pratiques pour voyager de manière responsable

Le tourisme responsable ne consiste pas à être parfait. Il s’agit de faire de meilleurs choix, un voyage à la fois. Voici des actions concrètes que vous pouvez mener à chaque étape de votre voyage—ou voyagez avec notre Guide de terrain gratuit, un plan d’action prêt pour votre poche pour passer n’importe quel voyage au crible.

Avant de partir

  • Renseignez-vous sur votre destination : Informez-vous sur les coutumes locales, les enjeux environnementaux et la façon dont le tourisme affecte la communauté. Cherchez des destinations dotées de politiques de tourisme responsable.
  • Choisissez des opérateurs responsables : Privilégiez les voyagistes et les hébergements qui emploient du personnel local, affichent des politiques de durabilité transparentes et sont certifiés par des organismes crédibles.
  • Faites vos bagages avec discernement : Emportez une gourde réutilisable, des sacs réutilisables, une crème solaire respectueuse des récifs, et évitez les plastiques à usage unique. Réfléchissez aux cadeaux ou aux fournitures qui pourraient être utiles aux communautés que vous visitez.
  • Compensez votre carbone : Si l’avion est inévitable, utilisez un programme de compensation carbone vérifié. Mieux encore, envisagez le train ou le car pour les distances plus courtes.
  • Apprenez quelques phrases : Même des salutations de base dans la langue locale témoignent du respect et ouvrent la porte à des rencontres sincères.

Pendant votre voyage

  • Mangez local : Choisissez des restaurants et des marchés qui servent une cuisine locale préparée par des cuisiniers locaux. L’argent reste ainsi dans la communauté et l’empreinte carbone des ingrédients importés diminue.
  • Achetez auprès d’artisans locaux : Achetez vos souvenirs directement aux créateurs plutôt que des articles importés produits en masse. Demandez l’histoire de ce que vous achetez.
  • Respectez la faune sauvage : Ne touchez jamais les animaux sauvages, ne les nourrissez pas et ne posez pas avec eux. Évitez les attractions qui exploitent les animaux pour le divertissement. Choisissez des rencontres avec la faune qui privilégient le bien-être animal et la conservation.
  • Préservez les ressources : Traitez l’eau et l’énergie comme précieuses, que votre hôtel propose ou non des serviettes à volonté. Restez sur les sentiers balisés dans les espaces naturels.
  • Demandez avant de photographier : Demandez toujours la permission avant de photographier des personnes, en particulier les enfants et les communautés autochtones. Leur image, leur choix.
  • Faites appel à des guides locaux : Engagez des guides issus de la communauté. Ils offrent un regard authentique, et les revenus restent sur place.

Après votre voyage

  • Laissez des avis honnêtes : Mettez en avant les pratiques responsables dans vos avis. Cela aide les autres voyageurs à faire des choix éclairés et récompense les opérateurs qui font ce qu’il faut.
  • Partagez votre expérience avec discernement : En publiant sur les réseaux sociaux, soyez attentif à la façon dont vous représentez la destination et ses habitants. Évitez les stéréotypes et le sensationnalisme.
  • Restez en lien : Entretenez les relations nouées avec les personnes rencontrées. Soutenez les projets communautaires que vous avez découverts. Continuez d’acheter aux artisans dont vous avez admiré le travail.
  • Faites le bilan et progressez : Réfléchissez à ce qui s’est bien passé et à ce que vous pourriez faire autrement la prochaine fois. Le voyage responsable est une pratique, pas une performance.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le tourisme responsable ?
Le tourisme responsable consiste à créer de meilleurs lieux où vivre et de meilleures destinations à visiter. Il minimise les impacts économiques, environnementaux et sociaux négatifs tout en générant de plus grands bénéfices économiques pour la population locale et en renforçant le bien-être des communautés d’accueil.
Quels sont les sept principes du tourisme responsable ?
Les sept principes sont : minimiser les impacts économiques, environnementaux et sociaux négatifs ; générer de plus grands bénéfices économiques pour la population locale ; améliorer les conditions de travail et l’accès au secteur ; impliquer la population locale dans les décisions ; contribuer positivement à la conservation ; offrir des liens authentiques avec la population locale ; et faire preuve de sensibilité culturelle pour susciter le respect.
Qu’est-ce que la Déclaration du Cap sur le tourisme responsable ?
La Déclaration du Cap (2002) est le document fondateur du tourisme responsable moderne. Elle a établi que le tourisme responsable minimise les impacts négatifs, génère des bénéfices économiques pour les populations locales, améliore les conditions de travail, implique les communautés locales dans les décisions, contribue à la conservation et offre des liens culturels authentiques.
Quelle est la différence entre tourisme responsable et tourisme durable ?
Le tourisme durable désigne un objectif — un état que l’ensemble du système devrait atteindre. ONU Tourisme le définit comme un tourisme qui tient pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs. Le tourisme responsable désigne une décision — l’action menée pour atteindre cet objectif, et qui la mène. La Déclaration du Cap de 2002 appelle les opérateurs, les gouvernements, les populations locales et les touristes eux-mêmes à prendre leurs responsabilités. En bref : durable, c’est l’objectif ; responsable, c’est la décision — et elle vous inclut, vous, le voyageur, pas seulement les gouvernements et le secteur.
Comment savoir si une promesse de tourisme responsable est sincère ?
Parce que la responsabilité relève de l’action et non de l’intention, elle peut être interrogée. Harold Goodwin propose trois questions : de quoi assument-ils la responsabilité ? Comment l’assument-ils — que font-ils, et dans quelle mesure ? Et qu’ont-ils réellement accompli ? Une promesse sincère répond par du concret — des chiffres, des résultats mesurés, des partenaires nommés. Les vagues étiquettes « éco » ou « durable », sans rien de mesurable derrière elles, relèvent du marketing, pas de la responsabilité.

Étude de cas : CRETAN®

Les sept principes ci-dessus sont puissants en tant que cadre, mais ils ne prouvent leur valeur que sur le terrain—là où les opérateurs doivent faire de vrais arbitrages et s’adapter à de vraies communautés. Sur l’île grecque de Crète, CRETAN® a été conçu pour mettre ces principes précis à l’épreuve du réel. En remplaçant le tourisme de masse standard par des interactions en petits groupes guidées localement, chaque décision opérationnelle sert d’étude de cas vivante pour ce cadre.

Responsabilité économique

  • Des guides locaux rémunérés au-delà d’un salaire décent.
  • La grande majorité des revenus des circuits engagée dans l’économie locale.

Responsabilité sociale & culturelle

  • Des itinéraires co-créés avec les communautés, pas imposés.
  • Les guides partagent le patrimoine crétois vivant, pas des spectacles mis en scène.

Responsabilité environnementale

  • Zéro plastique à usage unique, avec la réduction carbone intégrée au modèle.
  • Protocoles « Leave No Trace » sur toutes les randonnées.

Inclusion & transparence

  • Des randonnées accessibles en fauteuil roulant, au même tarif que les circuits standards.
  • Rapports de durabilité publics et ventilations de prix transparentes [à venir].

CRETAN® démontre que les sept principes du tourisme responsable peuvent être mis en œuvre simultanément et efficacement par un voyagiste—avec des résultats mesurables pour les communautés, les environnements et les voyageurs.

À propos de l’auteur

Steven a passé dix ans à réaliser des documentaires dans les lieux que le tourisme oublie – ses travaux sont conservés dans les archives de l’Organisation internationale du travail de l’ONU – avant d’aller vivre dans l’un d’eux. Il achève un MSc en Responsible Tourism Management et est le fondateur de CRETAN®, qui figure ici comme une étude de cas parmi les cadres de référence.

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La plupart des récits de voyage sont lisses et écrits de l’extérieur. Celui-ci est brut et écrit de l’intérieur : un village de montagne en Crète. Sans bruit.

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Références

  1. Goodwin, H. et al. 2002. The Cape Town Declaration on Responsible Tourism in Destinations [anglais]. Responsible Tourism Partnership. https://responsibletourismpartnership.org/cape-town-declaration-on-responsible-tourism/ (consulté le 9 juillet 2026).
  2. Commission mondiale sur l’environnement et le développement (Commission Brundtland). 1987. Our Common Future (rapport A/42/427) [anglais]. Nations Unies. https://www.un.org/en/academic-impact/sustainability (consulté le 9 juillet 2026).
  3. ONU Tourisme (OMT). Sustainable Development of Tourism — la définition du tourisme durable (« un tourisme qui tient pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs, en répondant aux besoins des visiteurs, des professionnels, de l’environnement et des communautés d’accueil ») [anglais]. Organisation mondiale du tourisme. https://www.untourism.int/sustainable-development (consulté le 9 juillet 2026).
  4. Goodwin, H. There Is a Difference Between Sustainable and Responsible Tourism [anglais]. haroldgoodwin.info. https://haroldgoodwin.info/there-is-a-difference-between-sustainable-and-responsible-tourism/ (consulté le 9 juillet 2026).
  5. Goodwin, H. 2016. Responsible Tourism: Using Tourism for Sustainable Development (2ᵉ éd.), chap. 1 — « Sustainable tourism is not the same as Responsible Tourism » [anglais]. Goodfellow Publishers. https://www.goodfellowpublishers.com/academic-publishing.php?promoCode=&partnerID=&content=story&storyID=375 (consulté le 9 juillet 2026).
  6. ONU Tourisme (OMT). 1999. Global Code of Ethics for Tourism (adopté par l’Assemblée générale de l’OMT à Santiago, résolution A/RES/406(XIII) ; reconnu par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2001, A/RES/56/212) [anglais]. Organisation mondiale du tourisme. https://www.untourism.int/global-code-of-ethics-for-tourism (consulté le 9 juillet 2026).
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  9. Lenzen, M., Sun, Y.-Y., Faturay, F., Ting, Y.-P., Geschke, A. & Malik, A. 2018. The carbon footprint of global tourism. Nature Climate Change 8, 522–528 [anglais]. Nature Climate Change. https://www.nature.com/articles/s41558-018-0141-x (consulté le 9 juillet 2026).
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  12. Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). Sustainable tourism — economic impacts and leakage [anglais]. PNUE. https://www.unep.org/explore-topics/resource-efficiency/what-we-do/responsible-industry/tourism (consulté le 9 juillet 2026).
  13. Nations Unies (HCDH). 2011. Guiding Principles on Business and Human Rights : mise en œuvre du cadre de référence « protéger, respecter et réparer » (approuvés par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, résolution 17/4) [anglais]. Nations Unies. https://www.ohchr.org/en/publications/reference-publications/guiding-principles-business-and-human-rights (consulté le 9 juillet 2026).
  14. UNESCO. World Heritage and Sustainable Tourism Programme (gérer la pression des visiteurs pour que le patrimoine et la culture vivante soient valorisés et protégés, et non marchandisés) [anglais]. Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO. https://whc.unesco.org/en/tourism/ (consulté le 9 juillet 2026).
  15. Booking.com. 2021. Sustainable Travel Report 2021 (81 % des voyageurs déclarent vouloir séjourner dans un hébergement durable au cours de l’année à venir) [anglais]. Booking.com. https://news.booking.com/bookingcoms-2021-sustainable-travel-report-affirms-potential-watershed-moment-for-industry-and-consumers/ (consulté le 9 juillet 2026).

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